Producteur et DJ basé à Chicago, Kice s’est forgé une réputation grâce à une combinaison rare de maîtrise culturelle et d’efficacité taillée pour les clubs. Son dernier single, « Al-Ain », tout juste sorti sur Treble Recordings, marque un tournant majeur dans son univers sonore. Il s’agit d’une fusion maîtrisée entre instruments méditerranéens et arabes et grooves house modernes.
Puisant dans ses racines jordaniennes, il superpose les sonorités expressives de l’oud, du nay et du qanûn à des rythmes profonds et entraînants, composant ainsi des morceaux ancrés dans la tradition mais taillés pour le dancefloor.
Au cœur de ce processus se trouve Guitar Rig de Native Instruments, un outil utilisé par Kice pour sculpter et intégrer des instruments enregistrés en direct au sein d’arrangements électroniques soignés. Qu’il s’agisse de sublimer discrètement la résonance d’une phrase d’oud ou d’apporter un grain analogique chaleureux aux percussions, Guitar Rig joue un rôle essentiel pour unifier ses éléments acoustiques et électroniques.
Sommaire :
- Comment les racines culturelles ont façonné le son de Kice
- Enregistrer et sampler des instruments traditionnels
- Utiliser Ozone pour marier sons traditionnels et modernes
- Dépasser le mashup pour créer des morceaux originaux
- Comment des outils comme Guitar Rig démocratisent la production
- L’importance du respect culturel en production musicale
Pour Kice, c’est bien plus qu’une suite d’effets : c’est une passerelle entre deux mondes qui lui permet d’honorer ses racines tout en explorant de nouveaux horizons sonores. Découvrons tout cela en détail.
Qu’est-ce qui t’a d’abord poussé à associer des instruments méditerranéens ou arabes à la house ?
C’était très naturel, presque inconscient au début. Ayant grandi à Chicago dans une famille jordano-américaine, ma maison a toujours résonné au son d’Amr Diab, Omar Abdullat, Najwa Karam, Umm Kulthum, Fairuz et Samira Tawfiq.

En parallèle, j’étais immergé dans la scène house légendaire de Chicago. Pendant longtemps, ces deux univers ont cohabité de manière distincte dans mon parcours artistique. Mais au fil de mon évolution en tant que producteur, j’ai ressenti le besoin viscéral d’explorer leur fusion pour être plus en accord avec moi-même. Il s’agissait vraiment de créer un son qui me ressemble, célébrant à la fois mes origines et ma passion pour la musique électronique.
La complexité mélodique de la musique arabe superposée à un beat four-on-the-floor house crée quelque chose de véritablement unique et profondément émouvant. C’est cette perspective d’un son novateur et authentique qui m’a attiré.
Quels types d’instruments représentatifs de ton héritage jordanien samples-tu ou enregistres-tu ?
Je travaille régulièrement avec une palette d’instruments traditionnels qui incarnent l’essence de mes racines. L’oud en fait incontestablement partie : ses sonorités riches et amples sont indissociables des mélodies arabes. Vient ensuite le nay, une flûte au timbre envoûtant et extrêmement expressif. Du côté des percussions, j’enregistre souvent des tablas, en me concentrant sur des rythmes complexes et des textures percussives singulières.

Au-delà de ça, j’explore des instruments comme le qanûn pour ses possibilités mélodiques uniques. Et bien sûr, la voix reste primordiale. Dénicher et collaborer avec d’authentiques chanteurs et chanteuses arabes capables de transmettre l’émotion brute des textes est absolument crucial.

Il m’arrive d’échantillonner d’anciens enregistrements pour apporter de la texture, mais je préfère de plus en plus enregistrer de vrais instruments afin d’insuffler directement cette sensation organique dans mes productions.
En quoi les plug-ins ont-ils fait évoluer ton regard sur la rencontre entre tradition et musique contemporaine ?
Lorsque j’utilise Ozone, il s’avère incroyablement puissant pour peaufiner et tester mes morceaux avant la version finale. Son Mastering Assistant me permet de m’assurer que ces éléments traditionnels s’intègrent parfaitement à mes synthés et boîtes à rythmes, avec un rendu impeccable sur tous les systèmes d’écoute.

Le but n’est pas de dénaturer ces sonorités traditionnelles pour les rendre purement électroniques, mais de les fondre harmonieusement dans le paysage sonore global en leur conférant la présence et la clarté qu’elles méritent. Cette approche me permet de finaliser un prémaster beaucoup plus rapidement pour le tester en déplacement ou en live.
Ton approche a-t-elle changé depuis tes tout premiers essais pour marier ces deux univers sonores ?
Complètement. Mon approche a énormément évolué. Au début, je me contentais parfois de superposer un sample arabe sur un morceau de house, à la manière d’un mashup. Le résultat manquait parfois de cohérence, comme deux éléments distincts assemblés de force.

Aujourd’hui, je recherche bien plus l’intégration et la synergie. J’ai compris qu’il ne suffit pas d’ajouter une boucle orientale : il faut en saisir le contexte mélodique et émotionnel. Désormais, je déconstruis l’essence de la musicalité arabe — les maqâms, les structures rythmiques spécifiques — pour ensuite bâtir les éléments électroniques autour, voire laisser ces traditions guider la composition électronique.
C’est un dialogue constant entre ces deux univers, avec pour objectif une fusion parfaite où les sonorités traditionnelles semblent faites pour groover naturellement sur un beat four-on-the-floor.
Penses-tu que des outils comme Guitar Rig contribuent à démocratiser le façonnage du son pour les artistes sans configuration analogique complète ?
Sans aucun doute, oui.
Les artistes, en particulier la relève ou celles et ceux qui se concentrent sur la musique électronique, n’ont pas tous accès à une collection d’amplis vintage, à un pedalboard complet ou à un studio analogique haut de gamme. Guitar Rig, tout comme d’autres logiciels similaires, offre un éventail impressionnant de modélisations d’amplis authentiques, de baffles et d’effets capables de métamorphoser n’importe quel signal en entrée.

Pour moi, c’est capital. Je peux enregistrer une prise brute de violon, de saxophone, de chant ou même une ligne de synthé, la faire passer dans Guitar Rig et sculpter le son pour lui donner une brillance et une texture qui nécessiteraient autrement un matériel analogique très coûteux. Cela remet tout le monde sur un pied d’égalité en plaçant la créativité et la vision artistique au premier plan, bien avant les questions de budget.
Quelle est la chose essentielle que tu aimerais que les producteurs sachent lorsqu’ils intègrent des instruments traditionnels dans la musique électronique ?
J’aimerais que plus de producteurs réalisent qu’il s’agit d’une immersion respectueuse, et non d’un simple échantillonnage en surface. Ne pioche pas une boucle au hasard simplement parce qu’elle sonne « exotique ».

Prends le temps de comprendre le contexte culturel, la profondeur émotionnelle et la théorie musicale qui sous-tendent l’instrument ou la voix que tu utilises. Renseigne-toi sur les maqâms ou sur les motifs rythmiques spécifiques. Lorsque tu abordes ces instruments traditionnels avec un respect sincère et l’envie d’en comprendre l’âme, tu dépasses le stade du simple ornement.
Tu peux alors véritablement les intégrer, en les laissant inspirer tout le morceau et guider la mélodie, l’harmonie ou le rythme par leur caractère unique. La production passe ainsi du simple beat sur lequel on a collé une couche de « musique du monde » à un morceau électronique authentique, puissant et riche de sens. La démarche en devient infiniment plus percutante.
En conclusion
La démarche de Kice démontre que marier héritage culturel et production house moderne repose avant tout sur l’authenticité, l’intention et la rigueur technique.
En plaçant Guitar Rig au centre de sa méthode de travail, il parvient à façonner des sonorités qui respectent le caractère organique des instruments méditerranéens et arabes, tout en leur conférant l’impact et la présence nécessaires pour les dancefloors d’aujourd’hui.
Avec « Al-Ain », non seulement il redéfinit son propre son, mais il ouvre également la voie aux producteurs désireux d’explorer leurs racines sans jamais renoncer à l’efficacité en club.