Ces dernières années, le jazz connaît un regain d’intérêt spectaculaire. Porté par des artistes influents comme Kendrick Lamar et ses instrumentaux jazzy, ou encore par l’omniprésence du sampling dans la house, le jazz est redevenu incontournable. Les producteurs de musique et beatmakers, quel que soit leur genre de prédilection, ont tout à gagner à acquérir quelques notions d’harmonie jazz, notamment pour apprendre à composer des progressions d’accords captivantes.
Les progressions d’accords de jazz regorgent d’une richesse harmonique et d’une polyvalence capables de doter tes morceaux de couleurs sonores véritablement uniques. Que tu produises du jazz rap, de la house ou presque n’importe quel autre style, ces progressions enrichiront considérablement ta palette harmonique.
Accéder directement aux sections :
- Qu’est-ce qu’une progression d’accords de jazz ?
- Quels sont les accords de base du jazz ?
- 5 progressions d’accords de jazz incontournables
Commence à créer des accords de jazz dans ton séquenceur logiciel avec Komplete Start, une collection gratuite d’instruments, de sons et d’effets de qualité pro.
Télécharger gratuitement Komplete Start
Qu’est-ce qu’une progression d’accords de jazz ?
Les progressions d’accords de jazz sont des enchaînements harmoniques originellement employés dans le jazz. Les morceaux de jazz se caractérisent par des harmonies luxuriantes et des accords enrichis complexes, qui confèrent des nuances chatoyantes aux triades fondamentales.
La plupart des progressions d’accords de jazz les plus célèbres proviennent de ce qu’on appelle les « standards ». Les standards de jazz sont des compositions bien établies, reprises et réinterprétées par d’innombrables musiciens à travers les époques. Une grande partie de ces titres ont vu le jour dans les comédies musicales de Broadway. L’improvisation étant l’un des fondements du jazz, les musiciens reprenaient les grilles d’accords de ces spectacles pour improviser de nouvelles mélodies et les métamorphoser en œuvres inédites.
À l’instar des autres suites d’accords majeures et mineures, les progressions d’accords de jazz n’appartiennent à personne, tout particulièrement dans leurs formats les plus courts. N’hésite pas à les utiliser dans tes productions et à les adapter à tes envies. Teste différentes tonalités et combinaisons en y superposant des mélodies originales : l’expérimentation débouche toujours sur d’excellentes trouvailles.
Une fois de plus, même si tu ne fais pas de jazz, ces notions théoriques te seront très utiles. De nombreux musiciens qui ne se revendiquent pas « artistes de jazz » intègrent des progressions et des samples de jazz dans leurs morceaux. Alors pourquoi ne pas les inviter dans ton processus de composition ?
Le titre « Boredom » de Tyler, The Creator en est un exemple parfait. Ce morceau repose sur l’une des progressions dont nous allons parler plus bas, le ii-V-I :
Quels sont les accords de base du jazz ?
La théorie du jazz peut sembler intimidante : reprenons donc depuis le début. Pour bien appréhender les accords de jazz, il convient d’abord de bien maîtriser les triades majeures et mineures. Nous partons du principe que tu possèdes des notions de base en théorie musicale, car nous aborderons des notions comme les intervalles, les gammes et l’harmonie. Si besoin, rafraîchis-toi la mémoire sur ces fondamentaux avant de revenir ici.
Une triade est un accord obtenu en empilant trois notes jouées une sur deux dans une gamme. Ces trois notes correspondent généralement aux premier, troisième et cinquième degrés d’une gamme donnée (souviens-toi de cette formule simple : jouer le premier degré, sauter le deuxième, jouer le troisième, sauter le quatrième, jouer le cinquième). Les deux triades les plus courantes sont l’accord majeur et l’accord mineur.
Une triade majeure se compose d’une fondamentale, d’une tierce majeure et d’une quinte juste. Voici ce que cela donne :
Une triade mineure se compose d’une fondamentale, d’une tierce mineure et d’une quinte juste. Voici ce que cela donne :
Les accords de jazz prennent ces triades majeures et mineures fondamentales et leur ajoutent des notes supplémentaires empilées au sommet. La première extension que l’on ajoute généralement s’appelle la septième (en prolongeant notre formule précédente : sauter le sixième degré, ajouter le septième).
Les accords de septième existent sous plusieurs formes. Commençons par l’accord de septième majeure (maj7), formé de la fondamentale, d’une tierce majeure, d’une quinte juste et d’une septième majeure. En Do, il s’agit des notes Do, Mi, Sol, Si (C, E, G, B), et voici sa sonorité :

Cet accord se note Cmaj7. Note bien que la mention « maj » ne renvoie pas seulement au troisième degré de la gamme (ce que décrit généralement le terme « majeur » dans une triade), mais qualifie également la septième.
L’accord de septième de dominante est sans conteste le plus utilisé en jazz. Il se compose d’une fondamentale, d’une tierce majeure, d’une quinte juste et d’une septième mineure (ou bémol). En Do, il réunit Do, Mi, Sol et Si♭ (C, E, G, Bb). Dans la notation d’accords, les accords de 7e de dominante sont notés sans aucun qualificatif en dehors du chiffre 7. Ainsi, C7 (sans précision telle que « mineur » ou « majeur ») est un accord de Do septième de dominante. Voici sa sonorité :

(En règle générale dans les grilles de jazz, sauf précision contraire explicite, la septième d’un accord est toujours abaissée d’un demi-ton / bémol.)
Un accord de septième mineure se compose d’une fondamentale, d’une tierce mineure, d’une quinte juste et d’une septième mineure. Un accord de Cm7 réunit Do, Mi♭, Sol, Si♭ (C, Eb, G, Bb). Voici ce que cela donne :

Le dernier accord de jazz de base que nous examinerons est la septième mineure quinte bémol (ou accord demi-diminué). Cet accord réunit une fondamentale, une tierce mineure, une quinte diminuée et une septième mineure. Un Cm7b5 regroupe Do, Mi♭, Sol♭, Si♭ (C, Eb, Gb, Bb). Voici son rendu :

Ces accords peuvent accueillir bien d’autres enrichissements, mais pour te familiariser avec les bases des progressions d’accords de jazz, mieux vaut d’abord t’en tenir aux septièmes. Si tu souhaites expérimenter, reprends la formule vue plus haut et continue d’empiler des notes de la gamme une sur deux au-dessus de tes accords.
5 progressions d’accords de jazz incontournables
Maintenant que tu possèdes les bases du langage des accords de jazz, passons à la pratique. Nous indiquons ici les extensions dans le nom de chaque accord pour plus de clarté, mais sur une lead sheet de jazz (la partition sommaire indiquant la mélodie et la grille), seules les informations harmoniques rudimentaires sont fournies. Libre à toi ensuite d’ajouter tes propres extensions, comme des septièmes, sur chaque accord.
Remarque également que ces progressions ne tournent pas systématiquement en boucle comme dans la musique pop. En jazz, les progressions font souvent partie de formes musicales plus amples, ce qui peut rendre leur identification un peu plus délicate. N’hésite pas à réécouter les exemples autant de fois que nécessaire pour bien les repérer à l’oreille.
Tous les exemples sont présentés dans la tonalité de Do (majeur et mineur).
1. iim7-V7-Imaj7 (majeur) : Dm7-G7-Cmaj7
Le ii-V-I (prononcé « deux-cinq-un ») est, de loin, le mouvement harmonique le plus emblématique du jazz. Ces trois accords se retrouvent sur une infinité d’enregistrements historiques.
Cette progression fonctionne à merveille grâce à son lien étroit avec le cercle des quintes. La fondamentale de chaque accord se situe à une quinte de la précédente. C’est sans doute ce qui rend cet enchaînement si universel : il permet de parcourir le cercle des quintes et de moduler (changer de tonalité) avec une fluidité remarquable.
Si tu ne devais retenir qu’une seule progression d’accords de jazz, ce serait indéniablement celle-ci.
Tu peux entendre le ii-V-I dans « Autumn Leaves ». Voici la magnifique version interprétée par Nat King Cole :
2. iim7b5-V7-im7 (mineur) : Dm7b5-G7-Cm7
Voici la déclinaison mineure du ii-V-I vu précédemment. Comme elle repose sur un mode musical différent, les accords qui la composent diffèrent de ceux de la version majeure.
On peut écouter ce ii-V-i mineur dans « Blue In Green » de Miles Davis :
3. Imaj7-VI7-iim7-V7 : Cmaj7-A7-Dm7-G7
Cette progression provient du chef-d’œuvre de George Gershwin, « I Got Rhythm », et est couramment appelée l’« anatole » ou les « rhythm changes ».
Si la grille se prolonge et s’enrichit au fil du morceau, ces quatre accords posent les bases de cette séquence ultra-populaire.
Tu peux l’entendre à l’œuvre dans cette version d’« I Got Rhythm » chantée par Sarah Vaughan.
4. Imaj7-II7-iim7-V7-Imaj7 : Cmaj7-D7-Dm7-G7-Cmaj7
L’« emprunt modal » est ici à l’honneur, où l’on voit à nouveau les modes entrer en action.
L’emprunt modal consiste à aller chercher des accords dans d’autres modes pour les utiliser au sein d’une tonalité parallèle. L’accord II7 découle ici du mode lydien parallèle.
Tu peux entendre cette superbe progression dans « Take The A Train » de Duke Ellington.
5. I7-IV7-I7-IV7-I7-V7-IV7-I7-V7 : C7-F7-C7-F7-C7-G7-F7-C7-G7
Cette progression peut sembler longue, mais elle ne comporte en réalité que trois accords : le I, le IV et le V.
La structure de cette progression est indispensable pour qu’on la reconnaisse comme un blues. Interprétée et revisitée au fil d’innombrables enregistrements, elle est devenue tout aussi emblématique dans bien d’autres genres musicaux.
Tu peux entendre Milt Jackson improviser des riffs sur cette progression et cette forme blues emblématique dans « Bags’ Groove ».
Donne du relief à ta musique avec les progressions d’accords de jazz
Les progressions d’accords de jazz ont exercé une influence majeure sur de nombreux artistes extérieurs à ce genre. Le jazz étant réputé pour la richesse et la créativité de son langage harmonique, les producteurs et beatmakers de tous horizons ont énormément à y puiser. Que tu t’intéresses au jazz en soi ou que tu veuilles simplement apporter plus de couleurs à tes accords, ces progressions constituent un excellent point de départ.
Tu cherches encore plus d’idées d’accords ? Découvre nos guides consacrés aux progressions d’accords pop, R&B, lo-fi et chargées d’émotion.